archive

MATTHEW STONE

BIOGRAPHIE

Matthew Stone naît en 1982 à Londres. Le so British Matthew Stone, plasticien, curateur, dj issu d’une scène underground hyper dynamique d’artistes et « créatifs » du sud-est de Londres, pose au centre de sa pratique l’être-ensemble, que ce soit dans des photographies, films, écrits, ou dans le cadre de performanceshappenings, lesquels ont contribué à façonner une véritable légende urbaine autour de sa personne (ces événements ont réuni jusqu’à 2 000 personnes !). De ce vif intérêt pour l’autre découle une oeuvre hybride, transhistorique, transculturelle et symptomatique d’une époque « connectée ». Chargées de références à l’histoire de l’art – on retiendra la récurrence de la citation caravagesque, ses photographies présentent quasi systématiquement des groupes ou des portraits individuels de jeunes gens dans des attitudes lascives, quasi extatiques, que des jeux de clairobscur modulent avec théâtralité et font se détacher d’un fond noir. Le temps semble s’être arrêté et le décorum ne permet guère de situer la scène représentée – souvent allégorique – qui emprunte beaucoup aux répertoires de la peinture religieuse occidentale (gestuelle, composition, lumière), certainement appréhendée lors de ses études au Camberwell College of Arts alors que sa spécialité était la peinture. Autre emprunt : la littérature, et plus spécifiquement, les romans de Hermann Hesse dont il s’inspire quand il ne les cite pas dans ses titres. Les protagonistes semblent saisis dans l’après-coup, les photographies fonctionnant dans une certaine mesure comme le prolongement des performances qui puisent en chaque membre du groupe l’énergie nécessaire à leurs réalisations. Absorbés, leur mystérieux silence est compensé par une forme de communication primitive : les mains se touchent, se protègent, s’accrochent, les corps se contorsionnent pour mieux s’agglomérer entre eux tandis que la surexposition et le cadrage contribuent parfois à nous donner l’illusion de formes hybrides, surréalistes dans les photographies les plus récentes (2007 à 2009). Une imbrication sculpturale qu’il développe récemment en recouvrant de ses photographies (collées) les facettes de sculptures composées de formes cubiques s’encastrant les unes dans les autres et formant d’étranges totems. Le corps (souvent dénudé chez Matthew Stone), déjà complexifié dans les photographies, est éclaté, à nouveau désarticulé.

Les protagonistes des photographies comme les participants des performances sont le plus souvent des amis de l’artiste ou bien des anonymes, issus du public. Car au royaume des formes, les apparences sont souvent trompeuses, et ce dandy à la superficialité feinte, très warholienne, n’est pourtant pas snob. Au contraire. Il propose une forme collective, ouverte. Attitude l’inscrivant dans une catégorie d’artistes qu’une logique élitiste inhérente à l’art pousse à réagir en proposant une alternative. Politique. En l’occurrence, positive, l’optimisme cimente ici la démarche. Et optimisme n’est pas candeur pour ce pince-sans-rire qui manie avec talent l’humour anglais. Pourtant, point d’ironie ici : l’optimisme est « rébellion », comme l’indique son blog qui permet de suivre l’avancement de ses projets : http://OptimismAsCulturalRebellion.blogspot.com. De nouveau, les apparences trompeuses. L’esthétique du pastiche historicisant pourrait donc masquer cette volonté de rupture pour celui qui ne s’arrête qu’à la surface des choses : une énergie, mais à contre-courant alors. Énergie qu’il diffuse, répartit, tente d’équilibrer à la manière d’un shaman – le spectre de Joseph Beuys n’est jamais très loin – dans le cadre de ses performances ; se positionnant en guide, Matthew Stone dynamise, ritualise, et assume sans ambiguïté la part intuitive de son oeuvre, sa sincérité comme il dit…

On devine dans une photographie un divan cosy recouvert de velours rouge – Matthew Stone attache une attention particulière au choix des matières, des tissus… – autour duquel gravite un groupe de jeunes gens nonchalants. On se souviendra alors que depuis un an, chaque semaine Matthew Stone tient salon : Interconnected Echoes. Les discussions croisent les disciplines et se concentrent justement sur les alternatives, les possibles : « Le salon était au début un lieu où je pouvais poursuivre des conversations initiées en boîte de nuit. Aujourd’hui, nous parlons du futur et de ce que nous devrions faire en tant qu’artistes (…) Il s’agit d’un processus organique, qui fonctionne en continu, une élite que chacun est susceptible de pouvoir rejoindre » (extrait de l’entretien avec Ana Finel Honigman, Saatchi-gallery.co.uk). L’important étant d’essayer. L’aspect communautaire n’est d’ailleurs pas sans rappeler les expériences des 60s, 70s : l’énergie de la contre-culture londonienne (on se souviendra du Destruction in Art Symposium de Metzger), la volonté de créer de nouveaux langages… Ou, de l’autre côté de l’Atlantique, la Factory. Car, là aussi, l’héritage de Warhol est palpable, voire revendiqué. Et ce qui intéresse Matthew Stone, c’est précisément la construction du « produit culturel », le mythe, qu’il s’amuse à démonter, questionner dans ses oeuvres, utilisant une multiplicité de media au sein desquels l’image a toute son importance.

En 2009, Matthew Stone sera le directeur artistique d’une adaptation au théâtre de la pièce du tragédien Heinrich von Kleist, Penthésilée (1807), dans un nouveau lieu de Peckham (Londres, Southwark). – Galerie Paul Frèches –

Matthew Stone

MATTHEW STONE