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JOHN COPLANS 1920-2003

SP 60 85 Side Torso bent with Large Upper Arm 1985

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En se prenant lui-même comme modèle, John Coplans choqua par ses photographies d’une nudité inattendue, dans les années 1980. Le corps anonyme et tronqué, telle est la vision personnelle de John Coplans. L’œil du visiteur glisse sur le papier photosensible comme l’air sur la peau tachetée de l’artiste lui-même. Malgré ses soixante-cinq ans, il n’hésite pas à jouer de sa chair, de ses articulations, pour produire chez le spectateur une forme d’intimité à partager avec lui-même. Les plis et replis de noir et de blanc deviennent les vagues d’une mer laiteuse, constellée de grains de beauté et autres imperfections qui confèrent à chaque photographie une sensibilité honnête. Capté de manière frontale, le corps de l’artiste est aussi le lieu de la déformation. En effet, comme aurait pu le faire John Baldessari, Coplans joue de la malléabilité de ses chairs et de ses organes, génitaux ceux-ci, en les étirant, les froissant. Le caractère sexuel n’est alors plus indécent, ni brutal mais proche d’une certaine forme d’acceptation de l’âge, du temps, qui, parfois grotesque, ramène l’adulte vers l’infantile. De plus, puisque dépossédé d’identité (par l’absence de figure), le corps ici photographié peut être (ou devenir) celui auquel songent chacun des visiteurs. La communication, le transfert s’opère alors entre l’image et le témoin de celle-ci. En observant le corps de John Coplans, le visiteur est moins voyeur que confident.

Serial Figures, installation shot, Andrea Rosen Gallery, May 2004 © The Estate of John Coplans

La familiarité se dégage peu à peu de ses membres, en évitant cependant l’auto-contemplation. Il semble aussi que la photographie prenne un rôle introspectif dans l’œuvre de l’artiste, qui tente à travers le regard de l’autre, de mieux saisir la globalité de son propre corps. Rappelant les anatomies désarticulées et tortueuses que photographiait volontiers Hans Bellmer à travers ses séries sur la poupée, les œuvres de Coplans traduisent une architecture des corps, une codification des attitudes que ce dernier s’attache à brouiller.
Pourtant, tout reste lisible. On reconnaît bien les coudes et autres membres anguleux du corps, qui prennent leur source dans une sorte de quête anthropologique. John Coplans, s’emploie « à une sorte d’archéologie qui transcenderait le temps et retournerait aux origines premières de l’humanité » affirme-t-il. Ainsi se dressent au cœur de sa démarche une mise à plat, une certaine démonstration où la vanité, la sculpture académique, la peinture héroïque et les nombreuses odalisques s’emparent du corps-sujet.
Faisant face à l’œil du spectateur, sans vraiment le convoquer, John Coplans laisse sa morphologie parler, divulguer l’ « autre » à sa place. Ses mains et ses bras se substituent aux mouvements de ses lèvres, poings serrés, coudes arqués, pour énoncer l’histoire d’un corps commun à tous, où la peau devient parchemin et ses gestes les paroles d’une vie.  Agathe Hoffmann – 12/2006 

Self Portrait S.P.8.87 (John Coplans Self Portrait 6 times) 1987

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BIOGRAPHIE

John Coplans (1920-2003) est un artiste et un photographe britannique …. wikipedia 

Né en Angleterre en 1920, John Coplans est un photographe célèbre pour ses autoportraits. Il prend ses premières photographies en 1941, tout en siégeant à la King’s African Rifles en Éthiopie. A son retour à Londres en 1946, il étudie la peinture dans diverses écoles d’art, et a eu une première exposition de ses tachiste influencées peintures abstraites à la New Visions Centre Gallery, Londres, en 1957. Inspiré de l’exposition The New American Painting (Londres, Tate, 1959), Coplans déménagé aux États-Unis en 1960. Il devient fondateur et rédacteur (de 1962 à 1971) puis rédacteur en chef de la revue Artforum (de 1971 à 1977). Il a également dirigé plusieurs musées américains d’art : l’Art Gallery à l’université de Californie, le musée d’art d’Akron (Ohio), et le musée d’art de Pasadena (Californie). En 1979, sous l’influence de son ami le photographe Lee Friedlander, il a commencé à nouveau à prendre des photos. A 60 ans, John Coplans s’installe à New-York, et renoue avec sa passion, photographiant son corps sous toutes ses formes, dans ses moindres détails. Ces fragments de corps qu’il photographie sont le symbole du corps vieillissant, mais on ne voit jamais le visage de cet homme. Le lieu est également toujours neutre, rendant les mises au point directes et précises. Devenu célèbre pour sa série d’autoportraits en noir et blanc, agissant comme une franche étude du nu et du vieillissement du corps. Il a photographié son corps des pieds jusqu’au bout des doigts, ses images sont devenues universelles. Souvent présentées par des polaroids agrandis, ses clichés sont des explorations humoristiques, dont le détail est parfois surprenant. Son travail constitue aussi une riposte au culte de la jeunesse et la beauté représentée par la photographie commerciale et de ce qu’il considère comme les vanités du monde de l’art des années 1980.
John Coplans est décédé en 2003 à New-York. … salomewael

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